La vérité surprend plus que le mensonge.
la vérité qui étonne 🌈
Quand je suis arrivée à Plymouth, je ne connaissais personne. J’étais venue pour la mer – et pour apprendre à vivre sans mes enfants, devenus adultes, engagés dans leurs vies. Les premières personnes que j’ai rencontrées étaient des gens de la mer – ceux qui vont nager toute l’année, ou simplement se tenir là, au bord de l’eau, et partager. Nous nous sommes liés par la présence, par la sincérité, par cette forme d’honnêteté que la mer inspire. Un jour, l’un des hommes les plus âgés du groupe m’a touché les fesses. J’ai été tellement choquée que j’ai cru avoir rêvé. Mais quand c’est arrivé une deuxième fois, je ne pouvais plus douter. Je n’ai pas dormi de la nuit. Le lendemain, j’en ai parlé aux autres femmes du groupe. Sept sur neuf m’ont dit qu’il leur avait fait la même chose, à différents moments, depuis plus de vingt ans – et aucune ne l’avait jamais dit aux autres, encore moins à lui. Quelques jours plus tard, je l’ai revu. Il était, comme toujours, avec sa femme. Je me suis excusée auprès d’elle, en lui disant que j’aurais une conversation inconfortable avec son mari. Elle a ri nerveusement : « Oh, mais qu’est-ce qu’il t’a fait ? » Et lui a dit calmement : « J’ai touché ses fesses. » C’était la première fois de ma vie que je voyais une personne en position de pouvoir admettre sans détour un acte d’injustice. Dans ma famille, les détenteurs du pouvoir – c’est-à-dire ceux qui décidaient qui avait le droit de vivre dans la maison, ou d’en être exclu, et quand – prétendaient que leur autorité venait d’une sagesse. Ils prétendaient que la peur qu’ils inspiraient était du respect, et que la violence qu’ils exerçaient relevait de la sagesse. Croire à cette histoire permettait d’éviter de voir la réalité en face. Je ne m’attendais pas à cette honnêteté-là, venant d’une autorité. J’avais, dans ma famille, connu deux formes de mensonge. Le premier, je l’appelle le mensonge à la Macron. C’est le mensonge du et : tout est vrai et tout est faux, tout est bien et tout est mal, on peut être à droite et à gauche, victime et coupable. C’est le mensonge élégant – celui qui noie le réel dans la rhétorique. Le deuxième mensonge, c’est celui qui inverse le monde – celui qui fait du blessé le coupable. « Tu l’as bien cherché. » Ou : « Si tu étais plus fort, ça ne t’aurait pas fait mal. » Ce jour-là, quand cet homme a simplement dit oui, je l’ai fait, quelque chose s’est ouvert en moi : la possibilité d’un dialogue vrai, entre agresseur et agressée. Un espace où la vérité pouvait exister, là où elle avait été bafouée. Je lui ai dit que j’appréciais son honnêteté, mais que je ne voulais plus jamais qu’il me touche. Il s’est excusé et m’a dit qu’il ne le referait pas. Et il ne l’a plus jamais fait – ni avec moi, ni avec les autres. Le vrai pardon vient de celui qui blesse – il commence lorsque le mensonge cesse. 🌈 la vérité qui étonne
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